7/30/2026

Raoul Vaneigem est mort


(Le Monde, 30 juillet 2026. Extrait)


https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/07/30/l-ecrivain-belge-raoul-vaneigem-insurge-lyrique-contre-la-societe-marchande-est-mort_6736668_3382.html

Raoul Vaneigem est mort à Barcelone mardi 28 juillet en fin de soirée, à 92 ans, a annoncé au Monde un de ses éditeurs, Nicolas Norrito, cofondateur des éditions Libertalia. Ancien membre de l’Internationale situationniste (IS) et écrivain prolixe, Raoul Vaneigem n’aura cessé d’inviter à une « insurrection de la vie quotidienne » contre « le règne de la survie » instauré par la société marchande. Une révolte consignée dans son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (Gallimard, 1967), essai au sein duquel l’insurgé assure que « nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui ».

Cet ouvrage a contribué à l’éclosion du mouvement de Mai 1968, notamment dans les universités de Strasbourg et de Nanterre. Tout comme La Société du spectacle (Buchet-Chastel, 1967) de l’écrivain et révolutionnaire français Guy Debord (1931-1994) et De la misère en milieu étudiant, brochure publiée de façon anonyme en 1966 et rédigée par le syndicaliste tunisien Mustapha Khayati – qui invite à « vivre sans temps mort » et « jouir sans entraves ».

Sa prise de conscience de la condition prolétarienne s’est forgée à Lessines, petite ville ouvrière du Hainaut, province de l’ouest de la Belgique où Raoul Vaneigem est né, en 1934, d’un père cheminot picard et d’une mère d’origine tournaisienne. Une commune connue pour ses carrières de porphyre, une roche magmatique dont on fait des pavés. Une région où naquirent deux artistes surréalistes marquants, le peintre René Magritte et le poète Louis Scutenaire – auquel Raoul Vaneigem consacrera un ouvrage aux éditions Seghers, en 1991.

Encouragé par son père qui aurait lui-même souhaité poursuivre ses études, Raoul Vaneigem s’inscrit en philologie romane à l’Université libre de Bruxelles, de 1952 à 1956. A l’âge de 22 ans, il écrit dans une revue Isidore Ducasse et le comte de Lautréamont dans les Poésies, un poète qui l’accompagnera toute sa vie. Agrégé de lettres, il enseigne à l’Ecole normale de Nivelles dans le Brabant. C’est par l’entremise du sociologue marxiste Henri Lefebvre, référence de toute une génération, notamment pour ses travaux publiés dans Critique de la vie quotidienne (L’Arche Editeur, 1947), qu’il rencontre Guy Debord et rejoint l’IS en 1961.


7/24/2026

Suicide du grand homme de théâtre italien Pippo di Marca, admirateur de Lautréamont et de Duchamp

Extrait du journal La Sicilia

His artistic journey intertwined with figures such as Carmelo Bene, Leo de Berardinis, and Julian Beck, protagonists of an unrepeatable season of Italian and international theater. From that environment, Di Marca gathered the idea of theater not as simple representation, but as an experience capable of questioning the relationship between art and reality.
His poetics found nourishment in literature and the visual arts. The poet Isidore Ducasse, known by the pseudonym Comte de Lautréamont, and the artist Marcel Duchamp were two fundamental references: to the former he dedicated "The Comte de Lautréamont represents the Songs of Maldoror", and to the latter a series of works gathered under the title "Homage to Duchamp." Over the years, he also brought to the stage Shakespeare, Beckett, Joyce, Pirandello, Kafka, Genet, and many other authors, transforming their works into open materials, permeated by a contemporary sensibility.

"Fundamental to his story was the birth of the Meta-Theater, a company and space dedicated to the production and promotion of contemporary theater. More than a simple artistic project, the Meta-Theater represented a vision: that of a stage understood as a place of meeting, experimentation, and creative freedom. Among his numerous productions are "Ex Hamlet," "Waiting for Godot," "Endgame," the works dedicated to James Joyce, and the long journey inspired by the writer Roberto Bolaño. A career marked by fidelity to a single idea: theater as a permanent search, never confined to definitive formulas."


7/07/2026

Le Maldoror de Julien Gosselin au Festival d'Avignon

MALDOROR

La pièce présentée dans la Cour  d'honneur est  époustouflante, une prouesse extraordinaire à tout point de vue: dramaturgie, scénographie, technique vidéo, acteurs admirables...  Le seul regret pour les ducassiens qui ont fait le voyage est que Maldoror en est à peu près absent, hormis la première scène et quelques allusions. Toute la pièce se construit en fait à partir de l'oeuvre du romancier chilien Bolano, autour d'un de ses personnages énigmatiques et sur le fond du coup d'état de Pinochet en 1973. Lautréamont n'y fait que de la figuration périphérique, y compris dans la trop longue et pénible tirade finale célébrant la littérature (au bout de près de cinq heures de spectacle), avec Mallarmé en vedette. Ceci mis à part, il s'agit d'une expérience extraordinaire à ne pas manquer - et tant pis pour Maldoror.